Interview de Gomez & Dubois :
Pourquoi avoir fait cet album ?
GOMEZ : Cet album, c'est un cri d'alarme, pour montrer à quel point on souffre. On passe nos journées à tourner en bas des immeubles, à galérer, à aller manger gratuit grec du coin.
DUBOIS : Nous aussi on souffre... et comme on n'était pas assez bon pour être footballeur professionnel, on s'est dirigé vers le rap...
Qui a eu l'idée du duo ?
GOMEZ : Beh, c'est le divisionnaire qui nous a mis ensemble. Il nous a filé les clés d'une Renault 19 Chamade avec autoradio, et tout est parti de là.
DUBOIS : Au départ, je vous avouerai, on n'y croyait pas trop... On sait pas chanter nous... Et là, Gomez a eu cette phrase magnifique : « on sait pas chanter, alors on va faire un album de rap ».
Et de quoi vous inspirez vous ?
GOMEZ : De la rue, essentiellement. Y'a qu'à ouvrir les yeux pour trouver l'inspiration. La rue, on y est tout le temps et on n'en sortira jamais.
DUBOIS : De la rue et des nuits passées au commissariat, à galérer au baby du café du coin sans perspective d'avenir...
Vous parlez beaucoup de votre boulot de flic, aussi.
GOMEZ : Ouais, c'est vrai. C'est un petit pied de nez au gansta rap. C'est du Cop Rap : le rap vu du côté des flics.
DUBOIS : C'est vrai, on a des points communs ; nous aussi on a envie de rouler dans des grosses bagnoles, tourner des clips dans des baraques avec piscine, entourés de nanas à poil, on sait faire...
Et pour la tournée ?
DUBOIS : On va se faire tous les grands commissariats de France, avec pas mal de date à Paris...
GOMEZ : Le 12 au commissariat de Viry-Châtillon, le 13 au commissariat de Saint Denis et après, si ça marche, c'est du bal de la police jusqu'à l'été.
Justement, si l'album marche, vous faites quoi ?
GOMEZ : Si l'album marche bien, j'achète un pit-bull...
DUBOIS : De toute façon, pour que ça nous rapporte plus que nos combines de flic, là faut vendre à l'international, obligé...
GOMEZ : Et si l'album est disque d'or, le commissaire nous a promis les States ; avec une fausse arrestation de Puff Daddy.
DUBOIS : On pourra s'acheter les derniers uniformes de flic à la mode.
PS : Certains journalistes malveillants nous font souvent part d'une petite ressemblance de Gomez & Dubois avec Eben et Faf Larage. Ne jamais, jamais, mais alors vraiment jamais, en parler devant eux, sous peine de... Et en plus ça les énerve au plus haut point !
Qui sont Gomez & Dubois ?
Ce sont des flics qui ont des méthodes de hors la loi, d'où le nom de cet album “Flics et Hors-La-Loi” (là, je sais ce que vous vous dites : “quelles lumières ces artistes !” Mais attendez, ce n'est que le début...).
Tout a vraiment commencé par “Gomez & Tavares”, superbe titre qui avait patrouillé sur les ondes il y a un peu plus d'un an. Puis la disparition soudaine de Tavares qui selon certaines sources aurait une petite entreprise de neige carbonique à Bogota, et qui selon d'autres sources cartonnerait à Miami...
Enfin, exit Tavares. Gomez arrête la musique. Il déprime sec et traîne souvent Chez Djamel (un bar bio où on ne peut boire que des jus de fruit à base d'eau et d'anisette). C'est là-bas qu'il recroise Dubois, un ancien collègue de Tavares. Au fil des verres ils se trouvent beaucoup de points communs : l'amour des femmes, de la chasse, du lancer de bottin, leur passion pour la torture, les interrogatoires musclés, la vivisection des grenouilles et les blagues de Jean Roucas entre autre. Tout cela les rapproche, et Gomez voit en Dubois le messie, celui qui l'aiderait à réaliser son rêve : contrer la menace Gangsta Rap par un nouveau genre de rap. Un style musical est né : le COP RAP.
Les débuts sont durs pour nos deux compères : le milieux du rap est fermé et les producteurs musicaux se font rares (surtout quand il s'agit de police). C'est là qu'ils interpellent un jeune duo de producteurs (Tefa et DJ Maître de KILOMAITRE) pour une sombre et louche affaire de narcotiques cachés dans leur matériel de musique (ben voyons !). Entre 5 ans de prisons (enfin 10 avec les nouvelles lois) et se cogner un album de Cop Rap, le choix est vite fait !
Maintenant que le groupe a une base musicale tout va très vite. KILOMAITRE réalise la totalité de l'album, aidés par leurs amis KORE & SKALP, MEN XLARGE, EBEN, YVAN (Double Pact), FAF LARAGE, CHIMISTE et XLR qui comme par hasard ont tous eu, eux aussi, des affaires suspectes avec leur matériel de musique (ben voyons !). Enfin un an plus tard, et après plusieurs plaintes de rappeurs à qui on aurait volé des textes lors de contrôles d'identité musclés (mais qui ont finalement décidé de garder l'anonymat), l'album existe.
Le rêve de Gomez se réalise finalement. “Flics et Hors-La-Loi” est un savant mélange de textes drôles, de petites scènes de vie policière, un appel à la tolérance (zéro), un appel au 17, mais surtout un réalisme édifiant qui, à l'heure de la real TV, nous rappelle que le vrai c'est bon !!!
Ça sent la douille, le sang, la sueur, et c'est toujours criant de vérité. D'ailleurs, Dubois cite très souvent Mao (qui est pour lui le plus grand des philosophes grecs) et Sylvester Staline (un acteur russe) pour prouver son éclectisme. Gomez quant à lui reste souvent secret, à l'écart. En fait il souffre beaucoup intérieurement depuis le décès de la star Horst Tappert (alias l'inspecteur Derrick) auquel il vouait un véritable culte. Il cite souvent l'épisode 1207 “Munich ta mère” et sa phrase favorite reste “das sprint der rute barety mach dem noch sauvageon” (qui en bon français veut dire “sauvageon si tu bouges ta race je te crève !”).
Enfin... je m'éloigne du sujet... “Flics et Hors-La-Loi” : un petit univers dans un grand album ! De “Hôtel Commissariat” (par ailleurs la chanson du film “GOMEZ & TAVARES” avec STOMY BUGSY et TITOFF) aux “Blagues du Condé”, en passant par leur “Ronde de Nuit” puis “Chez Djamel” (le bar à jus de fruit cité plus haut), Gomez & Dubois vous amènent au plus profond des racines de la police... et ça, ça fait vraiment peur !!!
© Capitaine Bedo



